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Films documentaires du vendredi 16 au samedi 24 mai - Entrée sur libre participation
Jeudi 22 Mai
à partir de 20h30 : 68 ce n’est qu’un début … Carole Roussopoulos
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Jean Genet parle d'Angela Davis - (1h30, 1972)
De Carole et Paul Roussopoulos _ Collection Centre Georges Pompidou, Paris (France)
Le 16 octobre 1970, à l’Hôtel Cecil à Paris, le groupe Video Out (Carole et Paul Roussopoulos) filme la déclaration de Jean Genet enregistrée après l’annonce de l’arrestation d’Angela Davis, militante du Black Panther Party et enseignante de philosophie aux Etats-Unis.
Dans le cadre de l’émission française de télévision "L'invité du dimanche" devant être diffusée le 8 novembre 1970, l’écrivain Rezvani a invité des intellectuels, dont Jean Genet. La réalisatrice assiste à l’enregistrement effectué par l’équipe de l’ORTF dont le réalisateur est Jean Daniel Pollet.
Lors de la première prise, Jean Genet lit avec virulence le texte suivant (extraits): «Angela Davis est dans vos pattes. Tout est en place. Vos flics - qui ont déjà tiré sur un juge de façon à mieux tuer trois Noirs -, vos flics, votre administration, vos magistrats s'entraînent tous les jours et vos savants aussi, pour massacrer les Noirs. D'abord les Noirs. Tous. Ensuite, les Indiens qui ont survécu. Ensuite, les Chicanos. Ensuite, les radicaux blancs. Ensuite, je l'espère, les libéraux blancs. Ensuite, les Blancs. Ensuite, l'administration blanche. Ensuite, vous-mêmes. Alors le monde sera délivré. Il y restera après votre passage, le souvenir, la pensée et les idées d'Angela Davis et du Black Panther»
Jean Genet dénonce violemment la politique raciste des Etats-Unis et manifeste son soutien à Angela Davis et aux Black Panthers. À la demande du réalisateur de l’O.R.T.F, il reprendra deux fois la lecture de son texte s’attachant à faire passer à l’écran son texte politique plutôt que sa personne. L’émission sera finalement censurée.
La réalisatrice embrasse la scène d’un regard ironique. Elle pointe la différence d’attitude entre un Jean Genet conscient de son engagement et le comportement de l’équipe télévisuelle pressée de finir l’enregistrement. La cadence et le morcellement des prises télés s’opposent à la fluidité du regard de Carole Roussopoulos et à la proximité qu’elle a avec son personnage.
D’un côté une caméra-télé cherchant à donner une vision « objective », de l’autre une caméra à l’épaule en empathie avec son personnage et son propos politique.
F.H.A.R. - (26 mns, 1971)
De Carole Roussopoulos _ Collection Centre pour l'image contemporaine, St Gervais Genève (Suisse)
La manifestation du F.H.A.R. (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire) se déroule à l’intérieur de la traditionnelle manifestation syndicale du premier mai et dénonce le racisme sexuel. Pour la première fois s’incrustent dans cette manifestation des hommes et femmes qui défilent joyeusement et fièrement sans service de sécurité avec en tête une simple banderole en toile blanche bombée du nom du (F.H.A.R.). Des voix clament «Les pédés dans la rue».
Les militants du F.H.A.R scandent des slogans: «Les pédés dans la rue», «Nous sommes tous un fléau social», «Nous ne sommes pas des poupées», «À bas les phallocrates».
A la même époque, à l’Université de Vincennes dans le cadre d’un séminaire de philosophie, des militantes et militants du F.H.A.R. sont invités à s’exprimer. Une jeune militante, Anne-Marie, exprime la volonté qu’ont les homosexuels français d’adopter une démarche différente de celle des groupes militants homosexuels américains. Aux Etats-Unis, les homosexuels se cantonnent à des boîtes de nuit-ghettos, à des rencontres sexuelles furtives. Elle appelle les personnes présentes à s’emparer de la rue, à ne pas se cacher. Cette jeune femme s’attaque aux «hétéroflics» puis aux «homoflics» réformistes et à la société bourgeoise qui peine à admettre une homosexualité visible et ouverte. Les phrases sonnent fort «Nous sommes une sorte de contradiction de la société bourgeoise… Les femmes sont élevées pour la procréation, les hommes pour devenir des phallocrates... Avec nous, l’héritage, c’est foutu...». L’écrivain Guy Hocquenghem évoque les rôles sexuels et affirme que les relations sexuelles ne sont pas nécessairement des relations de pouvoir.
Un homme s’esclaffe régulièrement. Le rôle des folles, le mythe de l’homosexuel sont discutés. Un enseignant évoque les débats sur les homosexuels et l’élite (Cocteau, Marais, Gide…) qui ont eu lieu dans son département de philosophie à l’Université de Vincennes. Guy Hocquenghem donne des chiffres: attentats à la pudeur, détournement de mineurs dont sont accusés les homosexuels et les 300 condamnations qui s’ensuivent en 1967. Il note la discrimination envers les homosexuels à l’intérieur des mouvements révolutionnaires et ironise sur le mythe de l’ouvrier détourné de l’hétérosexualité par les militants du F.H.A.R., prenant plaisir à souligner sa connaissance plus intime des ouvriers. Enfin il parle du rôle essentiel du Mouvement de libération des femmes dans l’émergence du F.H.A.R.
Carole Roussopoulos saisit puis construit au montage les images d’une affirmation identitaire forte, d’une lutte contre les préjugés et d’une incitation à l’ouverture des esprits. Pendant la manifestation, la caméra suit les manifestants, puis cadre les badauds attroupés qui découvrent avec curiosité et étonnement le premier cortège d’homosexuels défilant ouvertement. Le film rapporte quasiment in extenso les interventions à Vincennes. De gros plans sur les visages des participants lors de cette réunion à l’école des Beaux-Arts, rue Bonaparte, soulignent la virulence des propos. Le film revient sur le défilé, les militants distribuent des tracts aux passants tandis que des gendarmes casqués observent la scène. Les dernières images montrent la distribution de tracts à des personnes en voiture, qui croisent la manifestation, arrêtées avec calme et humour par des travestis.
La dernière image indique en lettres blanches sur fond noir :
Le F.H.A.R. Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire Paris mai - juin 1971 Video Out (carole)
Ce document vidéo d’une grande valeur historique est la référence absolue de la naissance et de la visibilité du mouvement gay et lesbien français qui s’autoproclame homosexuel dans les années 70, des premières réunions du F.H.A.R., et de l’apparition du mouvement de revendication d’identité sexuelle (qui plus est dans un défilé syndical du 1er mai en France).
Ce film est un document fondateur non seulement pour l’histoire et la mémoire du mouvement homosexuel mais aussi dans le cadre de l’émergence d’une pratique de réalisation engagée dont Carole Roussopoulos est la pionnière en laissant la parole à ceux qu’elle filme et en utilisant un matériel vidéo léger.
Nicole Fernandez Ferrer
Monique, Lip 1 - (25 mns, 1973)
De Carole Roussopoulos _ Collection Centre pour l'image contemporaine, St Gervais Genève (Suisse)
En 1973, les travailleurs de l’usine LIP de Besançon entament une grève. C’est l’histoire de ce mouvement et du rôle qui ont joué les femmes, les ouvrières de Lip, fer de lance de la lutte des Lip.
En plein mois d’août, un piquet de grève s’active. L’usine est investie par la police.
Les hommes défendent leur usine, font face aux gendarmes. Ils interpellent les gendarmes en criant: «Aux chiottes Pompidou!» Les gendarmes chargent la foule. Un extrait d’une émission de télévision dans laquelle Fred Lip, patron des usines Lip est interviewé, apparaît à l’image. Le journaliste résume l’affaire Lip. C’est la première mention du conflit1 entre le patron de Lip et ses employés. On saisit une phrase au vol: «Un CRS c’est une machine à taper. On devrait leur retirer le droit de vote».
Monique une des employées de Lip confirme le rôle déterminant des femmes dans le Comité d’Action et de lutte pour la survie des Lip. Elle précise qu’elles sont 800 femmes pour 400 hommes et 100 cadres (dont elle gomme avec amusement le sexe). Les femmes de Lip sont présentes dans toutes les commissions. Elles gèrent aussi la difficulté de concilier vie privée et vie sociale pendant la lutte. Monique parle de la presse et des informations fausses ou tronquées qui desservent la cause de la lutte de ceux que l’on appelle désormais « les Lip ». Monique, figure emblématique de la lutte des Lip, souligne les changements de relation entre les ouvriers que la grève a entraîné. Les personnes se rencontrent, se parlent, tournent sur les différents postes de travail. La grève ouvre des horizons. Monique rencontre ainsi des travailleurs immigrés et aborde leurs problèmes avec eux.
Y’a qu’à pas baiser - (17 mns, 1973)
De Carole Roussopoulos
Une femme prend la décision de ne pas garder sa grossesse. Le film alterne la séquence d'un avortement mené selon la méthode Karman -alors que cette pratique est encore illégale en France- et des images de la 1ère manifestation des femmes en faveur de la contraception et de l'avortement libre et gratuit, qui a lieu à Paris le 20 novembre 1971.
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