A l'occasion de la coupe du monde de Rugby 2007.

'Pom star' par Edouard Caupeil
Projection le 5 septembre 2007


Les Reines d’Ovalie

Le rugby parisien, qui n’attirait pas les foules, s’est adjoint depuis quelques années les services de pom-pom girls, qui réchauffent les travées. Histoire d’un mélange de genres.

Comment marier une bande de brutes et une troupe de donzelles, trente gars costauds comme des armoires normandes payés pour se rentrer dedans sur la pelouse pendant quatre-vingts minutes, et le m^me nombre de jeunes filles courtes vêtues invitées à se trémouser au bord du terrain durant huit minutes ? Sans doute un stade de rugby était-il l’un des derniers endroits, en France, où songer à mélanger ces deux atmosphères, les pallaites d’un divertissement tr ès made in USA et les effluves de cassoulet d’un sport garanti 100% Sud-Ouest.
«Le rugby, c’est magique !» tranche Malika, meneuse des Euro Girls, une troupe de danseuses créée en 1992. Elles s’est produite sur les rings de boxe, dans les salles de basket, à Limoges, et même, à Quatre reprise, dans les entceinte de la prestigieuse NBA américaine. Elle a dansé au Parc des princes, avant les matchs de foot du PSG, elle a fêté l’anniversaire du rappeur Puff Daddy. Mais «le rugby, c’est magique !». Pendant que le racisme et la violence ébranle les tribunes du ballon rond, celles du ballon ovale badinent au spectacle cadencé des jambes levées des pom-pom girls. C’est ce drôle d’oiseau de Max Guazzini, ancien patron de NRJ, qui les appelées au secours du rugby parisien, peu après avoir pris les rênes du Stade français de rugby en 1992. A l’époque, en Ile-de-France, le ballon ovale se morfondait devant des travées désertes.

Dans la capitale, le Racing, conduit par Franck Mesnel, autre adepte de l’esprit show-biz, nœuds papillons roses sur les maillots et champagne à la mi-temps, avait déjà chuté.
Le Stade français, lui, végétait en fédérale 2, soit l’équivalent de la 4e division. Puisque les performances des joueurs sur le terrain ne suffisaient pas à attirer le public, Guazzini a choisi d’user d’autres artifices. Avant chaque match, une troupe de pom-pom girls a été chargée de réchauffer l’atmosphère.
Plonger de frêles jeunes filles dans ce monde viril (mais correct) lui a valu une volée de lazzis. Les «réacs» du monde du rugby, tous ces «traditionalistes» qui ne se pâment que devant des « magret-parties », selon l’expression de Guazzini, lui ont reproché de blasphnémer l’esprit terroir d’un sport tout de sueur, de sang et de larmes. Apôtre des fêtes parisiennes, le fantasque président du Stade a persité. Et les danseuses ont séduit.

La troupe de Malika se produit, elle, depuis trois ans et demi, lors des matchs du Top 14, dans le modeste stade Jean-Bouin, au pied du Parc des princes. Deux fois par an, elles sont mobilisées pour participer aux grandes soirées festives qu’organise Guazzini au Stade de France, à Saint Denis, à l’occasion des sommets du championnat, contre Biarrizt, en octobre, et face à Toulouse, la semaine prochaine (fin janvier 2007). Elles viennent lever haut les genoux entre un karaoké géant, l’arrivée du ballon par les airs porté par un ange et le feu d’artifice final. Et restent les préférées des tribunes.

Pour chaque prestation, Malika peine d’ailleurs à sélectionner les heureuses élues parmi son groupe d’une certaine de danseuses. «Elles veulent toutes venir, parce que c’est le public le plus sympa, le rugby tient beaucoup plus à nous que les autres sports.» Quelques jours avant la rencontre, les filles répètent leur show, une fois seulement, pendant trois heures. Perfectionniste, « Max » s’occupe du reste. La musique, bien sûr. Ancien attaché de presse d’Orlando, le frère de Dalida – il lui est arrivé d’accrocher les robes de la chanteuse dans les vestiaires en hommage -, Guazzini a lui-même poussé la chansonnette sur 45 tours. «Pour les filles, je veux du transgénérationnel populaire tous publics !» résume-t-il. Et puis les costumes, «toujours très féminins» d’après Malika. C’est que pour 10 000 euros les huit minutes, en impresario avisé, «Monsieur Max» en veut pour son argent.

Renaud Dély
Photos Edouard Caupeil

Paru dans Libération, jeudi 18 janvier 2007.