« EXILS»: Théâtre - Projections - Débats - POM - Revue de presse

__LES RENCONTRES PUBLIQUES
FILMS, DIAPORAMAS, LECTURES ET DEBATS

dimanche 5 octobre 2003
Première Journée Thématique: Hommage à Mehdi Lallaoui
Projection documentaire: Triptyque ‘‘Un siècle d’immigrations en France’’ de Mehdi Lallaoui, 1997 (Documentaire)

Première période: d’Ici et d’Ailleurs

Allemands, anglais, belges, espagnols, italiens, juifs d'Europe Centrale... arrivent en France par vagues dès 1870. Ils sont employés aux travaux les plus durs et n'ont qu'un seul objectif: s'intégrer. Si des décrets facilitent les naturalisations, la Première Guerre va contribuer à leur intégration massive. Ils vont y acquérir, au prix fort, ‘‘le droit du sol’’ à défendre et ‘‘le droit du sang’’ à verser.
Au début des années 1880, près d'un demi-million de belges travaillent en France dans les propriétés agricoles et les filatures. Tandis que les juifs d'Europe de l'Est fuient les persécutions et se réfugient à Paris, les espagnols fuient, eux, la misère, et sont une main-d'oeuvre bon marché pour les viticulteurs français. Dès 1900, recrutés par le patronat, les italiens viennent dans les raffineries, les huileries et l'industrie chimique, faire ‘‘le sale boulot’’ dont les français ne veulent plus, tandis que polonais et arméniens sont amenés par trains entiers sur les bassins miniers. Pour ses besoins en hommes lors de la Grande Guerre, la France va intégrer militairement, sans qu'il leur soit demandé de permis de séjour, les étrangers vivant sur son sol ainsi que 600 000 ressortissants de ses colonies.

Seconde période: du Pain et de la Liberté
Sur un commentaire sobre et efficace, la vie et les espoirs, entre les deux guerres, des immigrés grecs, arméniens, russes, polonais et juifs: recrutés dès 1920 pour les besoins d'une France en reconstruction ; montrés du doigt après le krach boursier de 1929 ; premiers débauchés devenus boucs émissaires de la crise économique qui frappe le pays, sur fond de xénophobie et d'antisémitisme.
Au lendemain de la Grande Guerre, le nombre d'étrangers passe en dix ans de un à trois millions. Les grecs sont employés aux salines de Camargue. L'arrivée de Mussolini au pouvoir précipite vers la France un million d'italiens qui travaillent pour beaucoup aux carrières dans l'Agenais. Les ‘‘as du cousu main’’, les arméniens, installent leurs ateliers de bottiers dans la Drôme, d'autres sont recrutés par les soyeux lyonnais. Recrutés au pays, les polonais s'installent sur le carreau des mines du Nord et de Lorraine. Les russes affluent dans la région parisienne (10 000 sont employés aux usines Renault dans les années 30). Pour les immigrés, l'amélioration des conditions de vie amenée par le Front Populaire est de courte durée. Les thèses xénophobes et antisémites trouvent une audience de plus en plus large.

Débat: L’immigration avant la Seconde Guerre Mondiale en présence de Gérard Noiriel

Troisième période: Etranges, étrangers

1937: les espagnols se souviennent ‘‘sans rancune mais avec amertume’’ de l’accueil glacial réservé au 500 000 des leurs qui fuyaient le fascisme. Beaucoup d’entre eux vont pourtant se porter volontaires contre les nazis, tandis que la France bat le rappel de ses coloniaux. Dès 1940, juifs, arméniens, anti-fascistes espagnols, allemands et italiens, s’engagent dans les mouvements de résistance. En 1944, les régiments africains libèrent le Midi puis sont expédiés en Allemagne. Recrutés après-guerre pour fournir une main d’œuvre docile, les algériens vivent bientôt le drame de la Guerre d’Indépendance, ballottés entre pays d’accueil et terre d’origine. Alors que le gouvernement de Vichy promulgue les lois antisémites, ‘‘la main d’œuvre immigrée’’ s’illustre par ses actes de résistance. Dès 45, les recruteurs français organisent l’immigration algérienne ; un statut précarisé douze ans plus tard par la Guerre d’Indépendance, au cours de laquelle des milliers de kabyles seront mobilisés dans l’armée française. Dans les années 60, les portugais émigrent en masse à leur tour. Eternel recommencement: la crise économique française des années 80 provoque une nouvelle montée de xénophobie.

Débat: L’Immigration Maghrébine après guerre, avec l’historien Benjamin Stora


Lecture: Exils, Exodes, Errances

Livre de Mehdi Lallaoui et Alain Nahum, Editions Au nom de la Mémoire
Tous deux possèdent cette même passion pour les mots et l’image. Enfants de l’émigration, leur rencontre, ‘‘comme les feuilles des arbres renaissent au printemps’’, était une évidence. Leurs familles, juive égyptienne ou algérienne, ont vécu à la première personne le fait d’exil. Aussi, il leur semblait légitime, de parler d’une autre façon de ce que leurs parents ont laissé en héritage. Il en résulte cet ouvrage.
A travers ce livre, leur propos est de revenir de façon poétique sur les raisons pour lesquelles, des hommes et des femmes de notre planète quittent les régions qu’ils ont au cœur, pour s’exiler vers les pays riches dont la France fait partie. Il est de parler différemment, de faire vivre le ressenti sur les questions de l’exil, de l’exode, de l’errance.


dimanche 19 octobre 2003
Seconde Journée Thématique: Les Sans Papiers
Débat: Les artistes et les Sans Papiers
En 1997 lors de la présentation de la loi Debré les cinéastes engagèrent une démarche pétitionnaire contre les articles de lois jugées liberticides. Suite à ce mouvement, certains cinéastes continuèrent leurs démarches, en soutenant un mouvement de parrainage des ‘‘Sans Papiers’’.
Nous souhaitons inviter certains de ces cinéastes, Arlette Girardot et d’autres, afin de faire un bilan sur cet engagement et de connaître leur point de vue aujourd’hui.
Nous souhaitons également associer à cette réflexion , les intellectuels et politiques qui se sont mobilisés pour la lutte des sans-papiers, nous invitons donc à cette journée de débats Jack Ralite (ancien maire d’Aubervilliers), Serge Blisko (maire du XIII arrdt), Emmanuel Terray (directeur de l’EHESS), Nathanael Hertzberg (journaliste au Monde).

Projections Documentaires: Eldorado de plastique de Arlette Girardot, 2001

A Ejido, des serres à perte de vue et des clandestins, serfs des temps modernes, dont la force de travail alimente l’économie locale. C’est bien ici qu’a eu lieu en 2000 un véritable ‘‘pogrom’’ où la population locale engagea la chasse aux immigrés.

France, terre d’écueil de Bruno Delelis-Robert, 2002
Pendant les deux guerres mondiales, 60 000 tirailleurs sénégalais sont morts pour la France. Kalidou, Amidou, Cheikne, Romain et tant d’autres racontent leur accueil au pays des Droits de l’Homme: nourris, logés, exploités… en prison pour séjour irrégulier.
Débat avec les réalisateurs de chaque film.


samedi 1er novembre 2003
Troisième Journée Thématique « stimulée» par Jean-Pierre Alaux(GISTI)

Débat: Théâtre, Immigration et Droits de l’homme.

A posteriori, il nous semble que si le centre de réfugiés de la Croix Rouge de Sangatte fut le lieu où vinrent s’échouer des milliers de réfugiés, le sort qui leur fut réservé fut à l’origine de l’indignation de nombreux artistes. Ils sont heureusement nombreux à s’ériger, par leur œuvre, contre le traitement réservé à ces hommes, ces femmes et ces enfants.
Au premier rang de ces artistes, Ariane Mnouchkine, dont le travail théâtral à toujours été fidèle à ses convictions humanistes, nous fait le plaisir de participer à ce débat. Elle sera accompagnée par quelques uns des comédiens de son dernier spectacle Le Dernier Caravansérail. Seront également présents, Michel Deutsch (sous réserve), auteur de la pièce « Skinner », ainsi que Marc Sussi, directeur du Jeune Théâtre National dont les comédiens participent au projet Témoins Voyageurs, et Denis Lecat, auteur et metteur en scène du spectacle Refuge(s). Ce débat sera animé par Thierry Pariente, directeur du THECIF.

Projection: Sangatte, station balnéaire de l’association Non Lieu, 2002 (Documentaire)
A travers le fonctionnement au quotidien d’un centre de réfugiés de la Croix Rouge, les réalisateurs s’interrogent sur le sens nouveau que prennent les mots ‘humanitaire’, ‘réfugiés’, ‘droit d’asile’ dans un lieu comme Sangatte.
Débat en présence des réalisateurs et du sociologue Smaïn Laacher

Diaporama: De Sangatte à Paris, l’errance des réfugiés de Laurent Weyl et Olivier Gombert / Collectif Argos

Le collectif Argos est composé de quatre photographes et de trois rédacteurs. Journalistes engagés, ils pensent images et écritures dans leur complémentarité. Tester de nouvelles formes de narration, assumer une idée du reportage guidée par l’investigation, l’envie d’être sincères et responsables, telles sont les motivations d’Argos, explorateur social.
Depuis la fermeture du centre d’hébergement de Sangatte, les réfugiés exclus du dispositif d’assimilation par l’Angleterre et la France sont livrés à eux-mêmes. Dans le même temps, les lois anglaises sur l’immigration se sont durcies et l’afflux des migrants, notamment en provenance du Kurdistan, d’Irak et d’Iran, ne s’est pas tarit. Conséquence: la France se change de tremplin vers l’Angleterre en cul-de-sac. Comme le souligne judicieusement Michel Dorr, ancien directeur de Sangatte et fondateur du Samu Social de Calais: ‘‘Lutter contre la clandestinité, ce n’est pas non plus renvoyer les gens à la clandestinité’’. Entre Calais et Paris, les réfugiés sont désormais trimballés au gré des refoulements, des rafles policières et des ‘‘ballades’’ en car organisées par les Préfectures.
Laurent Weyl a suivi les associations, rencontré les particuliers qui les hébergent et les voient passer, partir et malheureusement, souvent revenir. Une situation qui ne risque pas de s’atténuer dans le contexte actuel…

Théâtre: La journée se conclura par la représentation de la pièce de théâtre Refuge(s).


dimanche 9 novembre 2003
Quatrième Journée Thématique consacrée à l’Association Culturelle Berbère (ACB)
Projection documentaire: Le Voyage du Kabyle de Belkacem Tatem, 1991 (Documentaire)
Mémoires de l’immigration algérienne en France. Le Voyage du Kabyle est un film de témoignages et d’entretiens sur la présence en France de la communauté algérienne berbérophone, sur la transmission et l’affirmation de sa culture.


lundi 13 octobre 2003
Lecture: Lettres Afghanes de Latif Pedram

Pour donner une meilleure idée de notre invité le poète Latif Pedram, nous vous proposons ici un extrait du portrait publié le 28/02/2002, dans les colonnes du journal Le Monde.

‘‘INTELLECTUEL ou pas, lorsqu'on sort de vingt ans de guerres et qu'on sent poindre la prochaine, on fait de la politique à 100 %. L'écriture, c'est pour le reste du temps’’... On sent, chez Latif Pedram, poète afghan exilé, comme une pointe de convoitise pour le confort de l'intellectuel européen, qui a du temps pour lire, réfléchir. Lui, passe ses journées à contacter ses amis, à Kaboul et dans la diaspora - 80 % des intellectuels ont quitté le pays en vingt ans - pour développer son Mouvement pour le Congrès national afghan. Un regroupement ‘‘républicain, démocrate et laïque’’, qui, dit- il, ‘‘renouera avec une mouvance qui a existé durant tout le XXe siècle en Afghanistan où elle est, aujourd'hui, tragiquement absente’’. La faute ‘‘aux communistes, qui ont discrédité la laïcité’’, et aux Américains, qui n'en ont jamais voulu.
Les Américains, justement, ‘‘se trompent encore de stratégie. Ils privilégient les forces religieuses et claniques, ont ramené les royalistes au centre du jeu. Ils préparent ainsi les futurs déchirements. Seul un Afghanistan fédéral et laïque mettrait fin à la prédominance pachtoune et aux tensions interethniques’’. Pour y parvenir, encore faudrait-il tenir compte ‘‘de la société civile, des femmes, de la jeunesse éduquée, bien plus éloignés de l'islamisme qu'on ne l'imagine en Occident’’. Avec de tels propos, qui s'étonnera que Latif Pedram ne soit pas invité aux festivités prévues pour la venue à Paris, à partir du 28 février, du chef du gouvernement afghan par intérim, le royaliste Hamid Karzaï ?
Tadjik, Latif, tournant le dos à beaucoup d'amis, rejoint à 20 ans le commandant Massoud, en lutte contre l'invasion soviétique. Massoud, la figure la plus marquante qu'il dit avoir rencontrée. ‘‘Il ne prenait ses ordres de personne. Il me savait absolument laïque et m'acceptait comme j'étais. Aucun autre islamiste ne l'aurait fait’’. Après la victoire sur les communistes, Latif crée une revue à Kaboul, Le Matin de l'espoir, que le gouvernement de l'intégriste Rabbani (l'allié de Massoud) fera vite interdire. Il y dénonçait la corruption des moudjahidins au pouvoir, l'influence envahissante d'un fondamentalisme obtus. Latif avait accueilli Massoud lors de sa venue à Paris, en avril 2001. ‘‘Il m'a dit: Si je reviens au pouvoir, je m'allierai aux forces nationales, aux démocrates, aux technocrates, et plus aux fondamentalistes’’.
Ahmed Chah Massoud n'est plus là pour confirmer ces propos, et Latif Pedram reste inconsolable de son assassinat, le 9 septembre 2001. Mais sa blessure la plus douloureuse, qui suscite en lui d'insondables remords, vient d'ailleurs. Lorsqu'il évoque l'épisode, l'émotion monte d'un cran. Grande famille ismaélienne, les Naderis évacuent de Kaboul leur collection unique de 55 000 ouvrages et documents, dont plusieurs milliers de livres rares. Une copie manuscrite du Shahnamé, le Livre des rois, du grand poète épique Mansour Abolghassem Ferdousi (XXe-XIe siècles). Des Corans très anciens et des textes fondateurs de l'ismaélisme, dont ceux du chef des Hachichins (Assassins) Hassan ben Sabah. En 1995, Latif Pedram rédige le décret d'ouverture du Centre culturel public Hakim Nasser-e-Khossraw, au nom de la grande figure philosophique et poétique ismaélienne du XIe siècle..

BIOGRAPHIE: 1963, Naissance au Badakhchan
1983, Rejoint Massoud
1985­1989, Dirige des revues de résistance à l'invasion soviétique
1994, Publie le Récit de l'amère survie
1999, Prix Hellman-Helmet de Human Rights Watch.